QUE RESTE-T-IL DES THROMBOSES SOUS CONTRACEPTION ?

Dr Jacqueline CONARD

Unité Hémostase-Thrombose, Hôtel-Dieu, Paris

La contraception orale oestroprogestative est un facteur de risque de maladie thromboembolique veineuse (MTEV). Le risque relatif est globalement voisin de 4. Le risque a d’abord été associé à la dose d’éthinyl-oestradiol (EO) puis au type du progestatif. Dans une méta-analyse, le risque relatif des contraceptifs oraux (CO) contenant un progestatif de 3e génération (désogestrel ou gestodène) associé à 30 µg d’EO est de 1,7 par rapport aux CO contenant un progestatif de 2e génération. La cause invoquée est l’existence d’un climat oestrogénique plus élevé induit par les progestatifs de 3e génération. Le risque lié à une dose plus faible d’EO (15 ou 20 µg) n’est pas encore bien évalué mais une étude danoise a montré que le risque était plus faible que pour les doses plus élevées.

Le risque est majoré chez les femmes ayant une prédisposition congénitale aux thromboses en raison de l’existence d’une thrombophilie : déficit en inhibiteur de la coagulation, mutation facteur V Leiden ou facteur II 20210A.

Récemment, des patchs et anneaux vaginaux contenant de l’EO et un progestatif ont été commercialisés. Leur utilisation doit sans doute être déconseillée chez les femmes à risque veineux dans l’attente de données concernant une éventuelle augmentation de ce risque. En effet, bien qu’il s’agisse d’une administration par voie extra-digestive, l’EO administré par voie vaginale entraîne les même modifications de la coagulation que par voie orale : son pouvoir oestrogénique élevé est sans doute en cause. Ces résultats diffèrent donc de l’administration de l’oestradiol naturel en patch ou en gel dans les traitements de la ménopause qui ne modifie pas la coagulation et n’augmente pas le risque de thrombose.

La contraception orale par progestatif a été proposée pour les femmes à risque veineux. Nous n’avons pas observé d’augmentation du risque de MTEV chez 102 femmes ayant des antécédents de thrombose et/ou une thrombophilie qui ont reçu de l’acétate de chlormadinone et étaient appariées à 102 autres femmes à risque n’ayant pas de contraception. Ce progestatif, de même que le levonorgestrel ou le désogestrel administré sans oestrogène n’entraîne pas d’anomalies délétères de la coagulation. Il en est de même des implants ou des stérilets contenant un progestatif.

La recherche de thrombophilie ne doit pas être réalisée à titre systématique avant CO mais elle est justifiée en cas d’antécédent familial de MTEV. Chez les femmes à risque veineux (antécédent personnel de MTEV ou thrombophilie), nous déconseillons toute contraception oestro-progestative, quelle que soit la voie d’administration (orale, vaginale, cutanée) mais une contraception par progestatif seul peut être proposée (voie orale, implant, stérilet).

 

1 Comment

 

  1. 23 octobre 2012  12 h 48 min by Verlyck Répondre

    Bonjour
    Quelle contraception utiliser chez ados souffrant d'une thrombose veineuse?
    En vous remerciant

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